À l’intérieur du camp : ancienne baraque de désinfection (« bains-douches des détenus »), cachot, baraque des cuisines ; au fond à gauche le bâtiment en pierre pour l’hébergement des déportés, encore en place aujourd’hui. Crédit photo : Reiner Rump, avant la démolition des baraques en 1948 (ANg 2011-73)

Le quotidien

La faim

Déporté tenant une écuelle Détail d’une photo prise en 1945 après la libération du camp extérieur Wöbbelin. (ANg 1981-1077)
Fotos eines Häftlings mit Ess-Schüssel. Ausschnitt aus einem Foto, das kurz nach der Befreiung 1945 im Außenlager Wöbbelin aufgenommen wurde.

La vie quotidienne au camp est marquée par l’arbitraire, la violence et la soumission. Les déportés tentent de ne pas abandonner leur lutte permanente pour survivre. Une infraction minime aux ordres des surveillants peut déjà être sévèrement punie. L’alimentation est tellement insuffisante que de très nombreux déportés meurent de faim en l’espace de quelques mois. La nourriture est médiocre et souvent immangeable. La faim accapare les pensées et détermine le comportement des détenus tout au long de la journée. Beaucoup tentent de se procurer illégalement de la nourriture. Quelques déportés survivent uniquement grâce aux colis alimentaires reçus de leurs familles ou de la Croix-Rouge.

Vêtements

En guise de vêtements, les concentrationnaires portent au début des uniformes rayés bleu et blanc en tissu de mauvaise qualité. Les chaussures sont rudimentaires, confectionnées le plus souvent avec des restes de tissu ou de cuir et des semelles en bois. Sur la veste et le pantalon est cousu, au-dessus du numéro matricule du déporté, le triangle dont la couleur indique le motif attribué de détention. À partir de 1943, les concentrationnaires reçoivent de plus en plus des vêtements civils, qui proviennent en partie des camps d’extermination. Des restes de tissu rayé ou une croix à la peinture jaune sont apposés au dos de ces vêtements civils pour être remarqués en cas d’évasion.

Hébergement

Au début, les concentrationnaires dorment entassés à même le sol, dans des baraques en bois, chacune comprenant deux « blocks ». En 1941, elles sont équipées de châlits à trois étages, d’armoires métalliques, de tables et de bancs. Dans chacun de ces blocks d’une surface de 50 mètres sur 8 sont amassés en moyenne plus de 300 déportés, parfois même plus de 600. Deux bâtiments en pierre construits en 1943/44 comprennent chacun quatre blocks abritant respectivement 500 à 700 détenus. À partir de 1944, il est fréquent que deux et même parfois trois détenus se partagent un châlit. Ce surpeuplement exclut un sommeil réparateur. Les déportés ayant peu de possibilités de se laver et souffrant pour beaucoup de maladies gastro-intestinales, les blocks empestent la sueur et les matières fécales. Aucune intimité n’est préservée. Les meilleures places pour dormir sont souvent obtenues selon la loi du plus fort.

Témoignage :

« Les mauvaises conditions d’hygiène contribuaient aussi aux nombreux décès, en particulier les écuelles étaient toutes sortes de récipients rouillés, bassines ou autres, qui ne pouvaient être lavés qu’à l’eau froide et étaient utilisés chaque fois par des déportés différents. »

Børge Steen Andersen, déporté danois au camp de concentration de Neuengamme à partir d’octobre 1944 (récit de 1987, ANg)